Économie

Goodyear Amiens : chronologie d’une fermeture et de ses suites sociales

De l'annonce de la fermeture aux contentieux des salariés protégés, retour documenté sur sept années de conflit à l'usine Goodyear d'Amiens-Nord.

Goodyear Amiens : chronologie d’une fermeture et de ses suites sociales
La fermeture d'Amiens-Nord s'inscrit dans plusieurs années de négociations et de contentieux.

La fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord n’est pas un événement isolé dans le temps. Elle clôt une séquence industrielle et sociale commencée plusieurs années avant l’arrêt de la production, puis prolongée par des négociations et des recours. Les trois sources retenues ici n’observent pas le dossier depuis le même point de vue. Le rapport parlementaire retrace le conflit et son environnement industriel, France Inter rend compte de l’accord social conclu en janvier 2014, tandis que le tribunal administratif explique une décision rendue en 2017 à propos de salariés protégés.

En bref

  • La fermeture d’Amiens-Nord annoncée en janvier 2013 concernait 1 173 emplois et devait devenir effective en janvier 2014.
  • L’accord de janvier 2014 a triplé les indemnités de départ sans clore tous les contentieux sur le motif économique.
  • Le tribunal administratif a rejeté en novembre 2017 les recours concernant 27 salariés protégés.

Un conflit antérieur à l’annonce de fermeture

Le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, enregistré le 11 décembre 2013, décrit un conflit dont les racines remontent au moins à 1995. Son sommaire distingue notamment le projet de complexe unique de 2007, les plans de sauvegarde de l’emploi de 2008 et 2009, puis une proposition de reprise des activités agraires et un plan de départs volontaires en 2012. La fermeture annoncée en 2013 intervient donc après une succession de projets, de négociations et de procédures.

La commission indique avoir mené 22 auditions et visité les sites d’Amiens-Nord et d’Amiens-Sud le 10 octobre 2013. Elle documente des lectures divergentes de la situation économique et du dialogue social. Son président souligne lui-même que les responsabilités dans le blocage faisaient débat. Cette réserve est essentielle: le rapport fournit une chronologie et des témoignages, mais ne réduit pas sept années de conflit à une cause unique.

2013 et 2014: fermeture annoncée, accord négocié

Selon le tribunal administratif d’Amiens, Goodyear a annoncé le 31 janvier 2013 la fermeture du site, appelée à devenir effective en janvier 2014. La décision concernait 1 173 emplois. Le même nombre apparaît dans le rapport parlementaire, qui insiste également sur les conséquences possibles pour les familles, les sous-traitants et les finances locales. Il s’agit toutefois d’une appréciation formulée pendant le conflit, avant que toutes les trajectoires individuelles aient pu être connues.

Le 22 janvier 2014, France Inter présente l’accord conclu comme la fin de sept années de conflit. La radio rapporte que les indemnités de départ prévues pour les 1 173 salariés ont été triplées par rapport à la proposition initiale. Elle précise aussi que la CGT entendait encore contester le motif économique des licenciements devant le conseil de prud’hommes. La signature d’un accord social ne signifiait donc pas la disparition de tout différend juridique.

Le cas distinct des salariés protégés

Une partie de la suite contentieuse porte sur 27 salariés protégés. Pour leur licenciement, une autorisation administrative était nécessaire. Le tribunal relate que l’inspecteur du travail a refusé cette autorisation le 1er octobre 2014, estimant notamment le motif économique insuffisant. Le ministre du Travail a ensuite retiré ces décisions et autorisé les licenciements le 1er avril 2015. Plusieurs salariés ont demandé l’annulation de cette seconde décision.

Dossier de droit du travail posé devant une usine de pneumatiques
Le contentieux des salariés protégés a prolongé le dossier Goodyear après la fermeture. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.

Dans ses jugements du 10 novembre 2017, le tribunal a rejeté leurs requêtes. Sa présentation indique que les activités de pneumatiques de tourisme et de pneumatiques agricoles constituaient des secteurs distincts pour apprécier le motif économique. Elle ajoute que les difficultés et menaces sur la compétitivité retenues étaient réelles, que les obligations de reclassement avaient été respectées et que les licenciements n’étaient pas liés aux mandats des salariés. Cette décision répond à un contentieux administratif précis. Elle ne constitue ni un bilan global de la fermeture ni une évaluation de toutes les situations individuelles.

Ce que cette chronologie permet de comprendre

Le dossier montre d’abord le décalage entre le temps industriel, le temps social et le temps judiciaire. Les projets de réorganisation commencent bien avant l’annonce officielle. L’accord sur les départs intervient au moment de la fermeture effective. Les décisions relatives aux salariés protégés se poursuivent encore plusieurs années. Présenter le dossier à partir d’une seule date ferait disparaître cette succession.

Il montre aussi que les échelles s’entrecroisent. Le rapport parlementaire examine la stratégie d’un groupe international, la filière du pneumatique, les conditions de travail et les moyens des collectivités. La justice administrative, elle, contrôle la légalité d’autorisations individuelles. France Inter saisit le moment où une négociation collective débouche sur un accord. Ces documents ne se contredisent pas nécessairement: ils répondent à des questions différentes.

Enfin, les sources disponibles ne suffisent pas à mesurer ce que sont devenus chacun des anciens salariés, ni à dresser un bilan chiffré complet de la reconversion du site. Le rapport parlementaire signalait un risque pour les sous-traitants, la filière caoutchouc-pneu et les recettes fiscales de la ville. Il traitait aussi des conditions de travail, des risques psychosociaux, de la formation professionnelle et de la dépollution. Ces thèmes décrivent l’étendue des enjeux observés en 2013, pas leur issue définitive.

Une chronologie rigoureuse doit donc s’arrêter là où la documentation scellée s’arrête. Elle établit une fermeture concernant 1 173 emplois, une négociation indemnitaire, puis plusieurs années de procédures. Dans le contentieux des salariés protégés, le tribunal a distingué la production de pneus de tourisme de celle des pneus agricoles pour apprécier le motif économique. Elle ne permet pas, à elle seule, de résumer toutes les conséquences humaines du conflit. La rubrique Économie rassemble d’autres dossiers consacrés aux transformations industrielles et à l’emploi.

Sources

Photo à la une. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.