L’ONU s’alarme des violences dans les cortèges de lycéens
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme demande une force proportionnée, alors que 141 lycées restent fermés et qu’une grève est prévue le 13 octobre.
L’instance onusienne chargée des droits humains a fait savoir vendredi 9 octobre qu’elle observait avec « inquiétude » les « incidents » qui entourent les défilés de lycéens en France. Elle souhaite des rassemblements pacifiques et un emploi mesuré de la force. Le même jour, les chiffres judiciaires et scolaires publiés par les autorités montrent l’ampleur d’un mouvement lancé à la mi-septembre.
En bref
- Elle souhaite des rassemblements pacifiques et un emploi mesuré de la force.
- L’enquête, confiée à la Sûreté territoriale, se poursuit pour identifier d’autres suspects.
- D’ici là, le gouvernement et les représentants de la jeunesse sont convenus de poursuivre leurs discussions, mais le dialogue reste pour l’instant dans l’impasse, selon Orange .
Une alerte formulée depuis Genève
La porte-parole du Haut-Commissariat, Shabia Mantoo, s’est exprimée lors d’un point de presse à Genève. D’après RFI et Sud Ouest, elle a dit suivre de près des incidents survenus pendant des manifestations d’étudiants et des blocages d’établissements, « dont certains ont dégénéré en violences ». Elle a ajouté que le droit de réunion pacifique doit être respecté et demandé que les forces de l’ordre n’aient pas recours à une force disproportionnée.
Le mouvement a commencé le 17 septembre, six mois avant l’élection présidentielle. Les lycéens demandent de meilleures conditions pour apprendre, des bâtiments rénovés et la fin du tri effectué par Parcoursup. Selon RFI, dans les cortèges, les mots d’ordre contre les violences policières pèsent presque autant que les demandes de moyens supplémentaires.
Des blessures graves et une réponse policière contestée
Le mouvement a donné lieu par endroits à des violences : bâtiments et poubelles incendiés, mobilier urbain détruit. Le gouvernement les a jugées « inqualifiables », alors que la réponse policière a été vivement critiquée.
Lundi, à Lens, une grenade a arraché la main d’un lycéen de 15 ans. À Tours, un jeune de 16 ans, touché à l’œil lors d’un blocus, n’en a plus l’usage ; le parquet parle de lésions « compatibles » avec un tir de lanceur de balles de caoutchouc. Orange signale aussi qu’un véhicule tout-terrain de la police a été filmé à Dunkerque en train de foncer à vive allure vers des lycéens.
À Paris, jeudi 8 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes réunies place de la Bastille ont été évacuées en début de soirée par les forces de l’ordre, avec usage de gaz lacrymogène. Mercredi, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a répondu aux accusations en estimant que parler d’« instructions politiques de répression policière » était un « mensonge », et que des « accidents » « peuvent arriver ».
Les violences touchent aussi les forces de l’ordre. La Croix rapporte qu’un adolescent de 15 ans, soupçonné d’avoir pris part à l’agression d’une policière à Paris le 1er octobre, comparaîtra le 23 février devant le tribunal pour enfants, d’après le parquet. L’enquête, confiée à la Sûreté territoriale, se poursuit pour identifier d’autres suspects. Le bilan des blessés depuis la mi-septembre dépasse 200 lycéens et 800 policiers et gendarmes.
Les bilans judiciaires et scolaires
Selon le bilan fourni vendredi par la Chancellerie, repris par La Croix, plus de 6 800 personnes ont été placées en garde à vue depuis la mi-septembre, dont 86 % de mineurs, et 21 ont été écrouées. Au total, 2 376 personnes sont poursuivies, et 65 % d’entre elles ont été déférées. Les 21 placements en détention provisoire concernent 15 majeurs et 6 mineurs.
Le ministère de l’intérieur a par ailleurs indiqué que l’Inspection générale de la police nationale a ouvert 24 enquêtes pour des faits commis depuis le début du mouvement. L’une d’elles porte sur un coup de genou donné au visage d’un manifestant par un policier, jeudi, place de la Bastille. Le parquet a décidé de saisir lui-même l’IGPN de cette affaire.
Côté établissements, 141 lycées restaient fermés vendredi matin, moins de 4 % des 3 700 du pays et autant que la veille, selon le ministère de l’éducation. Selon une carte citée par La Croix, ces fermetures se concentrent dans le nord, le grand Ouest et près de Lyon. Une source de l’exécutif estime que les dégâts causés en marge des manifestations ou des blocages ont coûté au moins 30 millions d’euros.
Quelle suite pour le mouvement
La même source de l’exécutif évoque une « nette décélération » et une dynamique désormais « très localisée », due soit à une politisation locale, soit à un vrai problème local. Les syndicats lycéens et étudiants voient les choses autrement et appellent à poursuivre la mobilisation.
Jeudi soir sur TF1, le ministre de l’éducation Édouard Geffray a promis le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées où la situation est la plus critique. Le syndicat Les Étudiants salue des avancées sur la démocratie scolaire, mais regrette le silence du ministre sur Parcoursup. Son représentant Louis Letoublon dit attendre de voir si l’annonce sur les professeurs sera suivie d’effet.
L’intersyndicale a convoqué une nouvelle journée de grève et de manifestations mardi 13 octobre, quelques jours avant les vacances scolaires. D’ici là, le gouvernement et les représentants de la jeunesse sont convenus de poursuivre leurs discussions, mais le dialogue reste pour l’instant dans l’impasse, selon Orange.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Vassil. Licence : CC0.
