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La France expulse deux agents du renseignement nigérien en poste à l’ambassade du Niger à Paris

Déclarés persona non grata le 16 septembre, les deux hommes ont quitté la France ; Paris invoque l’absence de coopération, tandis qu’une source nigérienne citée par Le Monde évoque la surveillance d’opposants.

Manon Ribeiro Par Manon Ribeiro
4 min de lecture
La France expulse deux agents du renseignement nigérien en poste à l’ambassade du Niger à Paris
Le ministère des Affaires étrangères, qui a confirmé l'expulsion des deux agents du renseignement.

Paris a prié deux agents du renseignement nigérien, rattachés à l’ambassade du Niger en France, de quitter le pays. La décision date du 16 septembre, mais elle n’a été rendue publique que le vendredi 9 octobre, après une première information du quotidien Le Monde, reprise par plusieurs médias.

En bref

  • La décision date du 16 septembre, mais elle n’a été rendue publique que le vendredi 9 octobre, après une première information du quotidien Le Monde, reprise par plusieurs médias.
  • D’après Le Monde, qui s’appuie sur une source nigérienne, l’un des deux hommes était soupçonné, entre autres, de surveiller des opposants nigériens présents en France.
  • Les prochains développements dépendront de la manière dont chaque capitale choisira de communiquer sur l’affaire.

Une mesure confirmée par une source diplomatique française

Selon Le Figaro, qui s’appuie sur l’AFP, une source diplomatique a validé l’information et précisé que les deux hommes avaient été déclarés « persona non grata » avant de repartir. Dans le vocabulaire diplomatique, cette qualification permet à un État d’exiger le départ d’un représentant étranger sans avoir à en détailler la raison.

La même source avance une explication : leur présence ne se justifiait plus, puisque les deux pays ne coopèrent plus. Cette formulation figure aussi dans l’article du Parisien. Elle donne le point de vue de Paris, sans qu’aucun responsable n’ait été cité nommément.

Le ministère français des Affaires étrangères a de son côté confirmé l’expulsion à RFI. Le Quai d’Orsay, sollicité par l’AFP, s’est en revanche abstenu de tout commentaire, ce qui laisse plusieurs questions ouvertes, notamment sur l’identité des deux agents et sur ce qui précisément leur est reproché.

Ce que les sources ne tranchent pas

Plusieurs points divergent d’un récit à l’autre, et il vaut mieux les signaler plutôt que de les lisser.

  • Le calendrier du départ. Les dépêches reprises par Le Figaro et Le Parisien disent que les agents ont quitté le territoire dans la foulée de la décision. RFI, elle, évoque un départ trois jours plus tard.
  • Le nom du service. L’un des médias consultés parle d’une direction de la « défense », un autre d’une direction de la « documentation », avec le même sigle. L’intitulé exact n’est donc pas retenu ici.
  • Le motif réel. Aucune version officielle ne détaille des faits précis, au-delà de l’absence de coopération invoquée par la source française.

Une rupture engagée depuis 2023

Cet épisode s’inscrit dans une relation déjà très abîmée. Les repères suivants, rappelés par les médias cités, aident à le situer :

  1.  : le général Abdourahamane Tiani chasse du pouvoir Mohamed Bazoum, le président élu.
  2.  : les putschistes exigent que l’ambassadeur de France, Sylvain Itté, soit expulsé. À l’issue de plusieurs semaines de blocus de l’ambassade, Paris rapatrie son diplomate un mois plus tard.
  3.  : le général Tiani rejette de son propre chef les accords militaires conclus avec la France, ce qui oblige environ 1 500 soldats français à partir du Niger.
  4.  : la France ferme définitivement son ambassade à Niamey, estimant qu’elle ne peut plus fonctionner normalement à cause des entraves de la junte.

Des relations toujours tendues

Paris ne reconnaît pas la junte et tient toujours Mohamed Bazoum pour le seul dirigeant légitime de l’État nigérien. Le Niger, de son côté, a maintenu son ambassade ouverte dans la capitale française malgré ce contexte, ce qui explique que des agents nigériens aient pu y être affectés jusqu’à cette expulsion.

Toujours selon RFI, le chef de l’État nigérien reproche régulièrement à la France d’être responsable de la recrudescence du jihadisme au Sahel, ainsi que de la mutinerie survenue le 29 août à Niamey. Le média indique que la tension reste donc vive entre les deux capitales.

À ce stade, aucune des sources consultées ne rapporte de réaction publique de Niamey ni de mesure de réciprocité. Les prochains développements dépendront de la manière dont chaque capitale choisira de communiquer sur l’affaire.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Chaperon rouge007. Licence : CC BY-SA 3.0.

Manon Ribeiro

Le fil horodaté

Manon Ribeiro

Manon Ribeiro a été animatrice sur une radio associative de Besançon, entre programmation musicale et commentaires de matchs de rugby. Elle couvre la culture, les médias et le sport. Elle joue au handball en loisir le jeudi soir.