Le Kenya a enregistré son premier mort d’Ebola, un homme venu de RDC en passant par Kampala
Un Kényan vivant en RDC est mort d’Ebola à Nairobi le 5 octobre, après un trajet par l’Ouganda. Les autorités suivaient ses contacts et renforçaient les contrôles à l’aéroport.
Le Kenya a déploré son premier décès lié à Ebola. Un Kényan qui vivait en République démocratique du Congo (RDC) a succombé au virus lundi 5 octobre, dans un établissement de la capitale, ont indiqué les autorités le lendemain, 6 octobre. Selon TF1 Info, il s’agissait aussi de la première infection par le virus enregistrée dans ce pays d’Afrique de l’Est.
En bref
- Un Kényan qui vivait en République démocratique du Congo (RDC) a succombé au virus lundi 5 octobre, dans un établissement de la capitale, ont indiqué les autorités le lendemain, 6 octobre.
- Les décomptes différaient selon l’interlocuteur et le moment.
- Dès la mi-septembre, l’OMS signalait dans cette province une progression « exponentielle » du virus, et des décès hebdomadaires qui ont doublé durant la première quinzaine du mois.
Un homme d’affaires âgé de 40 ans, venu de RDC
Patrick Amoth, responsable de la Santé au ministère kényan, a décrit le défunt comme un homme d’affaires âgé de 40 ans. Le ministre de la Santé, Aden Duale, a précisé qu’il vivait en RDC depuis sept ans et qu’il y était tombé malade environ un mois plus tôt. Il avait été pris en charge dans différents établissements congolais.
Les examens ont établi qu’il avait bien contracté le virus. D’après le ministre, cité par France 24, la mort est survenue lundi soir à 23 h 30 locales, soit 20 h 30 en temps universel.
Du passage de la frontière ougandaise à l’isolement à Nairobi
- Environ un mois avant le décès : la maladie se déclare en RDC, où il passe d’un hôpital à l’autre.
- Avant le 3 octobre : il franchit par la route la frontière avec l’Ouganda.
- Samedi 3 octobre : il prend un avion à Kampala, à destination de Nairobi.
- À l’atterrissage : un parent et un ami le conduisaient dans un établissement public de santé de Nairobi, où il était mis à l’isolement.
- Lundi 5 octobre : il meurt à 23 h 30, heure de Nairobi.
À son arrivée, d’après Aden Duale, l’homme avait des frissons et de la fièvre, ressentait une grande fatigue et des douleurs musculaires, entre autres signes. Il se plaignait aussi de la gorge et présentait des saignements sous la peau, là où on lui avait fait des injections. Ce tableau correspondait à celui de la fièvre hémorragique Ebola, relevait Sciences et Avenir.
Le pays que le malade a traversé avait lui-même connu l’épidémie. D’après le ministère de la Santé de l’Ouganda, vingt personnes y avaient été infectées de façon confirmée, deux étaient mortes et les autres ont toutes guéri. L’Organisation mondiale de la santé avait déclaré l’épidémie terminée en Ouganda le 27 août, une fois écoulés 42 jours sans nouveau cas depuis la sortie du dernier patient hospitalisé.
Un contrôle qui a failli, selon un responsable de la santé
Interrogé par l’AFP sur la façon dont un patient déjà malade avait pu atteindre le Kenya malgré la vigilance qu’exige l’épidémie, Patrick Amoth a répondu : « Le raté, c’est que le système n’a pas fonctionné ». Il avançait que l’homme avait conscience d’être malade à son arrivée et qu’il a pu passer entre les mailles du contrôle. À son avis, certains médicaments ont pu en masquer des symptômes, la fièvre en particulier.
Face à l’état du patient, le niveau de suspicion aurait dû être très élevé, a-t-il poursuivi, en se demandant comment l’homme avait pu voyager autant. Un test aurait forcément été positif, puisque les symptômes étaient là, et le malade aurait été orienté vers un centre de traitement. Le responsable a toutefois jugé que l’heure n’était pas à désigner un coupable.
Contacts à retrouver, hôpitaux en alerte
La priorité, a expliqué Patrick Amoth, était de localiser les personnes qui avaient côtoyé le malade. Une fois retrouvées, elles devaient rester isolées 21 jours, la période d’incubation la plus longue du virus. Les décomptes différaient selon l’interlocuteur et le moment.
| Source | Personnes concernées |
|---|---|
| Patrick Amoth, selon franceinfo | 55 personnes identifiées : 27 occupants du vol Kampala-Nairobi (passagers et équipage) et 28 proches ou soignants |
| Aden Duale | 28 parents du défunt, ainsi que 23 passagers et 4 membres d’équipage du vol, à placer rapidement sous surveillance |
| Présidence kényane, selon RFI | 57 cas contacts, dont dix retrouvés et mis en quarantaine, comme les 21 soignants qui s’étaient occupés du défunt |
Les articles consultés n’expliquent pas comment ces totaux se recoupent. Côté dépistage, les autorités revendiquaient plus de 650 000 voyageurs examinés et 267 prélèvements analysés. Tous étaient négatifs à ce stade, sauf celui du patient décédé.
Un service dédié de 133 lits, tenu à l’écart des autres, a été ouvert à l’hôpital principal de Nairobi, où l’homme est mort. Cinq hôpitaux de la capitale étaient en état d’alerte et un numéro vert avait été ouvert. Le secrétaire de cabinet chargé de la Santé martelait que « Il ne s’agit pas d’une épidémie » mais d’un « cas importé ».
Le chef de l’État, William Ruto, a dévoilé le 6 octobre, par communiqué, plusieurs dispositions et invité les Kényans à rester vigilants. Il a demandé au comité du Conseil de sécurité national de faire le point et de proposer d’autres actions. À l’aéroport international Jomo Kenyatta, la température était prise aux voyageurs venus d’une dizaine de pays. Le ministère demandait de limiter les attroupements, les embrassades et les poignées de main. Certains médecins regrettaient l’absence de tests rapides, alors que la prise d’un médicament suffit parfois à abaisser la température et que des voyageurs taisent parfois leurs symptômes.
« Je souhaite rassurer la population et l’inviter à ne pas paniquer, car tous les dispositifs sont en place pour limiter la propagation de la maladie »
Aden Duale, ministre kényan de la Santé
L’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, a fait savoir qu’une équipe arrivait au Kenya dès le mardi 6 octobre. Le directeur de l’organisation, Jean Kaseya, devait lui aussi s’y rendre dans les jours suivants.
Une épidémie congolaise sans vaccin homologué contre la souche en cause
La RDC traversait sa 17e épidémie d’Ebola, qui était devenue en peu de mois la plus meurtrière qu’elle ait connue. Les autorités congolaises recensaient alors 8 300 cas, dont plus de 4 000 décès. Aucun vaccin ni traitement n’était homologué contre Bundibugyo, la souche qui alimentait la flambée en cours. Environ 70 000 doses d’Ervebo, un vaccin autorisé pour la souche Zaïre, ont été expédiées en RDC afin de mesurer son effet sur Bundibugyo.
Le lundi 5 octobre, Médecins sans frontières a alerté sur une « flambée inquiétante » dans le Nord-Kivu, où l’ONG comptait alors près de 40 % des nouveaux cas. Selon elle, l’épidémie ne recule pas mais « se déplace ». Dès la mi-septembre, l’OMS signalait dans cette province une progression « exponentielle » du virus, et des décès hebdomadaires qui ont doublé durant la première quinzaine du mois.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Bahnfrend. Licence : CC BY-SA 4.0.
