Navi Pillay reçoit le Nobel de la paix, Israël conteste
La juriste sud-africaine a appris son prix à Nuremberg, lors d’un sommet de droit international. Le comité cite le Rwanda et la Birmanie, pas Gaza.
Le comité Nobel norvégien a annoncé le vendredi 9 octobre que le prix Nobel de la paix 2026 revenait à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, 85 ans. Il la récompense, selon RFI, de ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international. Le choix a été salué par de nombreuses institutions, mais vivement critiqué par Israël.
En bref
- Il la récompense, selon RFI , de ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international.
- Elle a étudié le droit en Afrique du Sud, avant de décrocher un master puis un doctorat à Harvard.
- RFI précise que la lauréate est la cinquième Sud-Africaine et la quatrième Africaine à recevoir cette distinction.
Une annonce reçue à Nuremberg
Au moment de l’annonce, Navi Pillay se trouvait à Nuremberg, où se tient un sommet de droit international. Elle a appris la nouvelle sous les applaudissements, dans une scène filmée par Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, puis publiée sur X. Avec humour, la lauréate a lancé que, si l’assistance applaudissait un peu plus fort, elle partagerait peut-être le prix avec Donald Trump, d’après franceinfo. Selon Le Monde, cette plaisanterie renvoyait à la lauréate de 2025, Maria Corina Machado, qui avait « offert » sa médaille au président américain en janvier.
Lors d’une conférence de presse, Navi Pillay a dédié son prix à tous les survivants de crimes internationaux. Elle a aussi vu un clin d’œil du destin dans le fait d’avoir appris la nouvelle dans la salle d’audience historique où se sont tenus les procès de Nuremberg. À l’adresse des responsables politiques, son message est resté simple : ils sont soumis à une obligation juridique, notamment celle de protéger les droits humains et de s’abstenir de faire la guerre.
Un parcours né sous l’apartheid
Navi Pillay est née le 28 septembre 1941 à Durban, dans une famille modeste d’origine indienne : son père était chauffeur de bus. Elle a étudié le droit en Afrique du Sud, avant de décrocher un master puis un doctorat à Harvard. Les grandes étapes de sa carrière, telles que les rapportent les sources consultées, sont les suivantes :
| Date | Étape |
|---|---|
| 1967 | Ouvre un cabinet d’avocats dans la province du Natal, première femme non blanche à le faire |
| 1973 | Obtient que les prisonniers politiques de Robben Island puissent consulter des avocats |
| 1995 | Première femme nommée juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud |
| 1999 à 2002 ou 2003 | Préside le Tribunal pénal international pour le Rwanda |
| 2003 à 2008 | Juge à la Cour pénale internationale |
| 2008 à 2014 | Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme |
La fin de son mandat à la tête du tribunal pour le Rwanda est datée de 2003 par Le Monde et de 2002 par France 24, d’où la formule retenue dans le tableau. Aujourd’hui, Navi Pillay siège comme juge à la Cour internationale de justice, saisie de l’affaire dans laquelle la Birmanie est accusée de génocide. Elle a également dirigé la commission indépendante d’enquête de l’ONU, laquelle a accusé Israël de génocide à Gaza ; d’après Courrier international, ces conclusions ont été présentées devant le Conseil des droits de l’homme en septembre 2025.
Ce que retient le comité, et ce qu’il ne cite pas
Dans son communiqué, le comité Nobel estime que la lauréate a joué un rôle déterminant pour que le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité donnent lieu à des poursuites. Il souligne aussi que, dans une époque où les conflits sont plus nombreux que ce que le monde avait connu depuis longtemps, le droit international est devenu une nécessité absolue. Ses attendus mentionnent les travaux de Navi Pillay liés au Rwanda et aux soupçons de génocide en Birmanie, mais ne citent pas spécifiquement Gaza.
Sollicité par l’AFP, le président du comité, Jorgen Watne Frydnes, a refusé de dire si Israël commet un génocide à Gaza. Il a rappelé que le comité n’est pas un tribunal, que l’enquête sur ce sujet a été menée par une commission de l’ONU et qu’il reviendrait à la Cour internationale de justice de trancher en dernier ressort.
Des réactions contrastées
- Israël : le ministère des Affaires étrangères a dénoncé sur X une légitimation de la haine et des préjugés anti-israéliens. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a estimé que « le comité Nobel a perdu sa boussole morale » et a violemment attaqué la lauréate.
- Autorité palestinienne : son ministère des Affaires étrangères a au contraire félicité Navi Pillay et salué une distinction amplement méritée.
- Soutiens : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, la présidente de la CPI Tomoko Akane et le haut-commissaire de l’ONU Volker Türk ont salué le choix. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, y voit un hommage à tous ceux qui œuvrent pour le respect du droit international.
France 24 mentionne par ailleurs des sanctions de l’administration Trump contre la CPI, dont Navi Pillay est une ancienne juge, que Washington justifie par la volonté de défendre la souveraineté américaine. Cette année, 287 personnes et organisations avaient été soumises au jury du prix. RFI précise que la lauréate est la cinquième Sud-Africaine et la quatrième Africaine à recevoir cette distinction.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons, Navi_Pillay,_AGJA_member_and_Former_United_Nations_Commissioner_for_Human_Rights_(30577313718).jpg. Photographe : Wayamo Foundation. Licence : CC BY-SA 2.0.
